A group of Persons

Isonzo / Soča

Résidence à Gorizia / Nova Gorica

Commissaire Eleonora Sovrani

Un projet de Matteo Carli et Giovanni Chiarot, Le Serre, Udine

Avec Francesca Cogni, Rafhael Comodino, Lenart de Bock, Žiga Ipavec, Tilen Kravos, Maria João Petrucci, Giulio Pollionato, Yoann Van Parys

Une résidence de création collective associant musique et arts visuels. Une exploration de la zone transfrontalière italo-slovène, s'étendant autour de Gorizia/Nova Gorica. L'omniprésence d'un fleuve, changeant de genre et de nom lors de son passage d'un pays à un autre : Isonzo/Soča. Le jeu comme agent fédérateur. 

Un projet: Altrememorie
En collaboration avec: Društvo Sik Cultural Association, Zeroidee APS, Quarantasettezeroquattro Association, IDA ETS, ETRAR.T.E. Association, Circolo Arci Gong, Bar Trattoria al Poeta, Kreativna cona Vrtojba
Avec la contribution de : Région Friuli Venezia Giulia

Someone's been sleeping in my bed

Baita, Pian de Farnè

Commissaire Alfred Agostinelli

Avec Pierre-Alexandre Mateos & Charles Teyssou, Alessandro Sciarroni, Federico Antonini, Laura Doardo & Alessandro Calabrese, Honey Jones-Hughes & Antonio de la Hera, Yoann Van Parys, Zachari Logan, Saul Marcadent, Caterina Gabelli & Tami Izko

04.07-06.07. 2025

Dans « The Story of the Three Bears » de Robert Southey (1837), trois ours – un grand, un moyen et un petit – vivent tous ensemble dans une maison dans les bois. Comme dans l'histoire de Southey, la cabane qui abrite l'exposition a trois propriétaires, qui ne diffèrent pas par leur taille mais par la position qu'ils occupent dans la ligne du temps.
Le premier à occuper les pièces du refuge fut l'arrière-grand-père Lodovico, qui, en 1918, offrit le belvédère aux tireurs d'élite autrichiens et fit de la maison un abri et un point de tir idéal pour les soldats de François-Joseph. L'arbre centenaire
dans le jardin est probablement né avec lui. Leo a été le deuxième gardien de la cabane. Fils unique de Lodovico, il a agrandi le bâtiment en transformant l'alpage en ermitage personnel. La salle avec la cheminée et la chambre à coucher où sont exposées les œuvres constituaient le cœur de son habitation.
Revenons au présent : ce qui est aujourd'hui mon refuge de montagne a accueilli différentes personnes au cours des dix dernières années, trahissant sa nature d'ermitage pour devenir un espace ouvert aux visiteurs. À l'occasion
de ce dixième anniversaire, j'ai rassemblé dans la cabane une série d'objets affectifs, oubliés, prêtés ou offerts, qui resteront exposés au public pendant deux jours seulement. 

Proche des étoiles (et des commerces)

L'Orangerie, Bastogne

13.04-19.05.2024

Commissaires Gauthier Pierson, Sarah Godelaine

Projet réalisé en collaboration avec Fatma Abidi, Roland Bastenier, Charline Bihain, François Evrard, Amélie Hordebise, Philippe Houzé, Rafael Marques, Léopold Strepenne, et Carine Wynants

En 2023 s’est tenue à l’Orangerie à Bastogne une exposition intitulée « Proche des commerces (et des étoiles). Elle a consisté en une fresque colorée, réalisée par des enfants, sur le sol, au fil de quatre journées de travail.

Un an plus tard, me voilà sous l’emprise de Georg Wilhelm Friedrich Hegel. Je vois tout sous l’angle de l’antithèse. La nouvelle exposition s’intitule donc « Proche des étoiles (et des commerces) ». Elle se déploie au plafond plutôt qu’au sol. On la réalise durant quatre nuits, avec des adultes, au lieu de la faire de jour avec les enfants. Là où l’exposition précédente était en couleur, celle-ci est en noir et blanc. Et du plan, nous glissons vers le volume. Il en résulte un portrait non plus diurne mais nocturne de Bastogne.

La nuit, tous les chats sont noirs. Tout est semblable, et en même temps légèrement différent. Les minutes s’écoulent et nous sommes quelque part entre veille tardive, rêve, cauchemar, hallucination, songe. L’église n’est plus nécessairement au milieu du village. La main cherche à saisir, à l’aveugle. Cependant, voici que le projet de l'antithèse parfaite se révèle impossible. Car le réel intervient. Il met son grain de sel. Mais alors, où sommes-nous ? Faisons-nous du sur place dans la thèse? L’éternelle thèse est-elle notre unique destin ? Ou l’antithèse est-elle précisément cette thèse assaisonnée ? A moins que ce ne soit déjà la synthèse ? Et que veut la classe moyenne dans tout ça ? Friedrich, puisses-tu nous éclairer de tes lumières.

Proche des commerces (et des étoiles)

L'Orangerie, Bastogne

06.05-11.06.2023

Commissaire Gauthier Pierson

Projet réalisé en collaboration avec Jules Marques (11 ans), Alice Noël (11 ans), Clara dell'Erba (15 ans), Elie Verdin (12 ans), Gustave Bastenier (13 ans)

Le centre d’art l’Orangerie est désireux d’établir un partenariat avec la maison des Jeunes de Bastogne. Il s’agit de créer un projet avec les hôtes de ces lieux. Cinq enfants âgés de 11 à 15 ans s’inscrivent. Nous nous promenons dans la ville, munis de simples marqueurs noirs et de feuilles. Nous dessinons Bastogne, ville du sud de la Belgique connue pour avoir été le théâtre de la bataille des Ardennes durant la seconde guerre mondiale. C’est aujourd’hui une bourgade paisible, tournée vers le commerce local et le tourisme. Nous rentrons au centre d’art pour transposer les dessins au sol au moyen d’autocollants. Le soir venu, des couches de peintures sont répandues sur les dessins. On enlève les autocollants au matin pour révéler les dessins. On ajoute dans la marge de ces dessins des reproductions fidèles d’enseignes présentes dans la rue principale de Bastogne. Didascalies. La fresque au sol est augmentée d’un réseau de cordes, qui trace un dessin supplémentaire par-dessus les peintures. La salle du fond est bleue, constellée d’étoiles.

Il en résulte un cimetière de marques, couchées au sol, comme il y a ces tristes cimetières de soldats ; une cave platonicienne, avec une idée de Bastogne, dans Bastogne ; une version enfantine et ingénue de la ville bâtie à travers le temps par les adultes ; une alternative au jeu vidéo des Sim’s, une reprise d’une carte Google Maps ; une grotte de Lascaux avec des peintures soufflées dans une ambiance architecturale de postmodernisme wallon ; une peinture colorée d’inspiration Navajo méditant sur la perception que l’Occident se fait de l’univers.

Le carton d’invitation et le poster de l’exposition entrelacent les noms des commerces et restaurants du centre de Bastogne, un drapeau américain, une publicité d’un agent immobilier et d’un opticien. Les cartons sont poinçonnés d’étoiles. Ces supports sont des divagations graphiques sur la bannière étoilée, sur les stimuli visuels d’une ville, et sur l'urbanisme qui fait l’objet d’une négociation entre le commerce, l’histoire, et le conseil communal.

05 septembre - 01 octobre

Galerie Totem, Amiens

05.09-01.10.2022

Commissaires Louis Clais & Gabriel Folli

Cette exposition collective à la galerie ToTem à Amiens (située sur la place centrale au pied de la cathédrale gothique) a été conçue par Louis Clais et Gabriel Folli. Elle a pour titre drôlatique ses propres dates de début et de fin. Elle réunit des oeuvres de Fabrice Cazenave, Louis Clais, Gabriel Folli, Marie Glaize, Raphaël Lecoquierre, Nancy Moreno et Régis Jocteur Monrozier. J'ai d'abord rédigé un texte sur chacun des artistes participants (moi inclus), sous les traits "d'un homme/d'une femme de métier" : radiologue, expert-comptable, factrice, patineur, opticienne, entrepreneur et commentateur sportif. Ces textes ont ensuite été remaniés pour être imprimés sur des tablettes en argile, s'apparentant à des amulettes. Ces amulettes ont ensuite été suspendues dans une alcôve de l'exposition, au bout de cordes colorées, formant de la sorte une représentation de théâtre de marionnettes de l'exposition, à moins que ce ne fut le premier communiqué de presse en trois dimensions de l'histoire. Au vernissage, votre serviteur s'est affublé de sa propre amulette, n'allant pas sans évoquer les plaques ancestrales d'écriture cunéiforme, une médaille olympique, une décoration royale moyenâgeuse, voire les plaques portées par de pauvres hères sur les marchés aux esclaves. 

Nos éclairs de soleil dans les brumes du souci

Association Fructôse, Dunkerque

04.04-16.04.2022

Commissaire Septembre Tiberghien

Une résidence de travail collectif avec Ondine Bertin, Louis Clais, Valentine Gardiennet, Martha-Maria Le Bars, Pôle-Fromage, Adrien Tinchi et Yoann Van Parys

Texte initial de la commissaire : 

Acte I

Le coucher de soleil dunkerquois est sans doute l’expérience la plus intense qui me soit restée de mon passage dans cette ville, entre 2011 et 2012. À cet endroit du globe, qui s’apparente à un Finistère, l’astre solaire termine non seulement sa course dans la mer, mais il pare le ciel de couleurs flamboyantes à la limite du surnaturel. D’aucun explique ce rougeoiement incandescent par la présence de fines particules métalliques en suspension dans l’atmosphère, provenant des usines du port industriel à proximité. Mythe ou réalité ? Peu nous importe au fond, puisque le phénomène, lui, s’offre comme un spectacle quotidien pour le plus grand plaisir de tou·te·s.

Acte II

Mars 2020 à décembre 2021 : la crise sanitaire de la COVID-19 nous prive, momentanément et par épisodes intermittents, de nos droits culturels, tels que définis par la Déclaration de Fribourg en 2007. Selon Patrice Meyer-Bisch, président de l’Observatoire de la diversité et des droits culturels et membre du Groupe de Fribourg, à l’origine de la Déclaration, ils peuvent être définis de la manière suivante : « Dit de façon technique, ce sont les droits, libertés et responsabilités pour une personne, seule ou en commun, de choisir et d’exprimer son identité en accédant, pratiquant et contribuant à des références culturelles perçues comme autant de ressources nécessaires à son processus d’identification, de communication et de création. »

Quand les salles de théâtre, de cinéma, de concert, les musées, les centres d’art et autres lieux d’expositions sont tenus de fermer pour éviter la propagation du virus, à Dunkerque le soleil, lui, continue à briller de mille feux, rappelant qu’une crise encore bien plus grave, écologique celle-là, bouscule l’agenda de nos politiques. Néanmoins, en ces temps de pandémie, empreints d’incertitude et d’angoisse, le coucher de soleil s’avère être une source inépuisable de joie et d’émotions. Le regarder implique un véritable acte de communion entre l’homme et la nature, vision romantique dont la littérature et le cinéma notamment se sont fait l’écho.

Acte III

Dans la collection du musée des Beaux-arts de Dunkerque, fermé en 2015 pour une période indéterminée, on repère de nombreuses marines, de facture plus ou moins heureuses, peintes entre le XVIIe et le XIXe siècle. Les cieux y sont la plupart du temps agités par des vents soufflant du large, emportant parfois les navires, comme dans Naufrage, de Claude Joseph Vernet. Hormis dans quelques représentations de port, plus souvent situés en Orient qu’en Occident, comme chez Hendrik Van Minderhout (Vue d’un port d’Orient, 1688) ou Louis Gabriel Eugène Isabey (Le port de Dunkerque, 1831), le soleil est quasiment absent. Comment expliquer l’occultation de cette chère étoile par les peintres ? La dramaturgie ne ferait-elle pas bon ménage avec l’horizon dégagé des beaux jours ? Toujours est-il que si ce coucher de soleil fantasmatique existe bel et bien, il est invisibilisé à doubles titres ; par les artistes, qui ont choisi de montrer l’astre à son zénith plutôt qu’à son déclin ; par l’institution, dont les collections sont en dépôt extérieur  jusqu’à nouvel ordre.

Acte IV

L’artiste belge Marcel Broodthaers avait imaginé en son temps Le musée d’art moderne, département des aigles, dont il était à la fois le directeur, le conservateur et le gardien. Outre les nombreuses plaques émaillées thermoformées à l’effigie du musée, les seules oeuvres trônant dans la collection étaient des reproductions de tableaux au format carte postale. Nomade et indépendante, son institution adressait la question suivante : est-ce le musée qui fait les oeuvres ou bien l’inverse ? À l’instar du musée imaginaire d’André Malraux, chacun semble pouvoir porter en lui-même une collection infinie d’images mentales pouvant être mobilisées à l’envie.

Épilogue

Qu’est-ce que l’expérience d’un coucher de soleil a à voir avec l’exercice des droits culturels ou l’évocation d’une collection invisible, me direz-vous ? Que notre regard porté sur le coucher de soleil soit scientifique, esthétique ou politique, il n’en reste pas moins sensible. Mettre le sensible au coeur de nos réflexions sur la place que la culture occupe dans nos sociétés occidentales semble être la solution, sinon l’antidote à leurs effondrements.

Ce workshop propose un questionnement autour de ces notions, à travers différentes interventions qui apporteront un éclairage singulier. Ensemble, nous élaborerons une proposition qui pourra prendre plusieurs formes et se déployer selon diverses modalités : un musée itinérant à l’effigie du coucher de soleil dunkerquois, une charte éthique de la Culture à l’attention des citoyen·ne·s de demain, une manifestation sur la digue du Braek au crépuscule…

Texte de fin de résidence de la commissaire : 

Restituer l’irrestituable

Résumer l’aventure de huit artistes sur le territoire dunkerquois n’est pas chose aisée ; il s’agit d’encapsuler ce qui est de l’ordre de l’expérience, du vivre-ensemble, de l’infime frontière séparant la vie de l’art. Ou peut-être n’y a-t-il justement pas de frontière, le réel imprégnant avec persistance les matériaux qui fondent la pratique artistique autant que l’imaginaire dégorge ses sucs dans le quotidien, abolissant ainsi toutes distinctions de formes et de nature.

C’est donc à un processus plus qu’à une finalité qu’on assiste, bien que les fragments donnés à voir semblent former les contours d’une exposition. Parmi cet ensemble, la figure maintes fois questionnée de l’autorité –celle de l’artiste, incarné par sa signature ou encore celle de l’institution détentrice du savoir et par extension, la personne du curateur qui valide ou invalide les propositions – ne cesse d’être déjouée puis réinvestie.

Au cœur des préoccupations, l’économie de l’artiste, qu’elle soit a minima ou au contraire expansive, irrigue les conversations tant et si bien qu’elle finit par donner naissance à une utopie : le monde serait régit non plus par les banques et autres puissances financières, mais par des heureux détenant une monnaie symbolique, sans valeur fiduciaire.

C’est sur un air de fête que s’achève cette épopée : dans l’huile des frites on pourra lire la gaieté et le labeur, la générosité comme le péché. De petits gestes en proie à un délire collectif aux vertus désinhibitrices surgissent d’un voisinage involontaire avec un cirque. A l’instar du soleil couchant, qui tel le phénix toujours renaît de ses cendres, nous laissons derrière nous les doutes pour goûter la joie de l’éternel recommencement.